Business

Cahier des charges site e-commerce : des exigences testables, pas une liste de souhaits

Éloïse Maréchal-Delorme 7 min de lecture
Cahier des charges site e commerce : exigences testables

Un cahier des charges de site e-commerce doit permettre à un prestataire de chiffrer votre projet et à votre équipe de vérifier le résultat livré. Il décrit les objectifs commerciaux, les parcours clients, le fonctionnement quotidien de la boutique et les contraintes à respecter. Pour être exploitable, chaque besoin doit être priorisé et accompagné d’un résultat attendu : « proposer la livraison en point relais » ne suffit pas à définir son fonctionnement.

Poser le cadre avant de demander un devis

Ce document constitue la référence commune entre l’entreprise, l’agence et les équipes opérationnelles. Sa portée contractuelle dépend de son intégration aux documents signés. Rédigez une première version avant de consulter les prestataires, puis précisez-la avec celui retenu sans laisser les arbitrages essentiels pour le développement.

La rédaction revient idéalement à un responsable de projet interne, avec les contributions du commerce, de la logistique, du service client et des interlocuteurs techniques. Une agence peut aider à formaliser les exigences, mais les décisions métier doivent rester entre vos mains.

Décrire l’activité et le changement attendu

Présentez vos produits, votre positionnement, vos concurrents et votre différenciation. Précisez s’il s’agit d’une création, d’une refonte ou d’une migration. Dans ces deux derniers cas, décrivez les difficultés actuelles et les éléments à conserver : catalogue, comptes clients, historique des commandes, contenus et visibilité dans les moteurs de recherche.

Délimitez ensuite les marchés, langues, devises et clientèles visés. Une boutique B2B peut nécessiter des tarifs par compte ou une validation commerciale ; un abonnement suppose une gestion récurrente ; une marketplace implique des vendeurs tiers. Ces particularités doivent apparaître dès le cadrage.

Relier les objectifs aux usages

Définissez quelques indicateurs de réussite : chiffre d’affaires, taux de conversion, panier moyen, commandes ou temps consacré à leur traitement. Pour chacun, indiquez la situation initiale lorsqu’elle est connue, la cible souhaitée, l’échéance et le moyen de mesure. Complétez avec des profils clients concrets : attentes, freins, appareil utilisé et informations nécessaires avant l’achat.

Décrire la vente et son traitement, du catalogue au retour

Organisez les exigences autour de parcours réels, plutôt que d’accumuler des noms de fonctionnalités. Décrivez ce que voit le client, puis ce que vos équipes doivent effectuer en arrière-plan. Classez chaque besoin comme indispensable au lancement, important ou optionnel.

Bloc Points à préciser Exemple de vérification
Catalogue Catégories, variantes, attributs, images, imports et disponibilité Une variante sélectionnée affiche son prix et son stock.
Recherche Filtres, tri et traitement des recherches sans résultat Les filtres combinés affichent les produits correspondants.
Commande Compte client, achat invité, promotions et paiement Un paiement refusé ne crée pas de commande payée.
Livraison Zones, transporteurs, frais, suivi et retours Une adresse exclue ne permet pas une livraison impossible.
Administration Stocks, remboursements, exports et droits d’accès Un contributeur ne peut pas modifier les paramètres de paiement.

Pour le catalogue, joignez des fiches produits représentatives, y compris les cas complexes. Indiquez qui fournit les descriptions, traduit les contenus, prépare les visuels et contrôle les imports. Détaillez également les règles des codes promotionnels, de la fidélité ou du parrainage si ces fonctions sont retenues.

Les règles de seuil méritent une attention particulière : montant déclenchant la livraison offerte, stock entraînant une alerte, quantité ouvrant un tarif dégressif. Pour chacune, précisez la base de calcul et le comportement juste avant, au niveau et juste après la limite. Un panier peut bénéficier du transport gratuit avant application d’une remise, puis perdre cet avantage après réduction : décider cette règle en amont évite des contestations et des corrections tardives.

Côté back-office, décrivez une journée de travail : réception des commandes, préparation, mise à jour des stocks, réclamation et remboursement. Précisez les rôles administrateurs et contributeurs ainsi que les informations échangées avec l’ERP, le CRM, la logistique et l’outil de newsletter.

Fixer les contraintes techniques, visuelles et SEO

N’imposez pas un CMS par habitude. Exposez d’abord vos contraintes : autonomie éditoriale, compétences internes, intégrations, volume du catalogue et évolutions envisagées. Demandez ensuite au prestataire de justifier sa recommandation et ses limites.

  • Solution SaaS : examiner les abonnements, les possibilités d’intégration, les restrictions et les conditions de sortie.
  • CMS avec extensions : identifier les modules nécessaires, leurs licences et les responsabilités de maintenance.
  • Développement sur mesure : justifier les besoins spécifiques et anticiper documentation, reprise et maintenance.

Pour chaque connexion, précisez quelles données circulent, dans quel sens, à quelle fréquence et comment une erreur est signalée. Identifiez aussi le responsable de chaque outil tiers : une intégration ne dépend pas uniquement de l’agence qui réalise le site.

Transformer la qualité attendue en critères contrôlables

Joignez la charte graphique et des inspirations commentées. Demandez des maquettes des pages clés, notamment sur mobile : catégorie, fiche produit, panier et commande. Décrivez les attentes d’accessibilité et les obligations applicables à faire valider, notamment concernant les données personnelles, les cookies et l’information des consommateurs.

Pour le SEO, prévoyez l’arborescence, la modification des balises, la gestion de l’indexation et des URL. En refonte, exigez un inventaire des anciennes adresses et un plan de redirections. Pour la performance, faites convenir de critères mesurables avec un protocole précisant pages, appareils et conditions de test. Ajoutez les exigences de sécurité : accès, mises à jour, sauvegardes et restauration.

Encadrer le budget, les validations et l’après-lancement

Communiquez une enveloppe et demandez une ventilation entre conception, réalisation, intégrations, migration, formation et maintenance. Faites distinguer les dépenses initiales des coûts récurrents : hébergement, licences, abonnements et support. Les options doivent être chiffrées séparément pour comparer des périmètres équivalents.

Le rétroplanning doit inclure cadrage, maquettes, développement, intégration des contenus, recette et mise en production. Pour chaque jalon, désignez un responsable et un valideur. Mentionnez les dépendances : accès aux outils, disponibilité du catalogue, contrats de paiement ou validation des contenus.

La recette correspond à la vérification formelle du site livré. Préparez des scénarios couvrant achat sur mobile, paiement accepté ou refusé, livraison, remboursement, emails, stocks et redirections. Définissez les anomalies bloquantes, les modalités de correction et les conditions d’autorisation de lancement.

Enfin, précisez les livrables : accès, documentation, formation, fichiers sources lorsque prévus au contrat et procédure de reprise. Distinguez garantie corrective, maintenance évolutive et assistance, avec leurs horaires, délais d’intervention et exclusions.

Une trame à copier pour consulter les prestataires

Vous pouvez reprendre cette structure dans Word, la compléter puis l’exporter en PDF. Conservez une version datée et un historique des modifications afin que tous les candidats répondent au même document.

  1. Entreprise et projet : activité, existant, difficultés, responsable et décideurs.
  2. Objectifs et périmètre : indicateurs, cibles, marchés, langues et exclusions.
  3. Parcours et catalogue : arborescence, produits, contenus et règles commerciales.
  4. Exigences : fonctionnalités, priorité, résultat attendu et scénario de test.
  5. Contraintes : design, technique, intégrations, SEO, sécurité et conformité.
  6. Réalisation : budget, calendrier, responsabilités, livrables et recette.
  7. Exploitation : formation, maintenance, support et réversibilité.

Ajoutez en annexes les exemples de produits, flux de données et maquettes disponibles. Pour sélectionner le prestataire, évaluez la compréhension métier, les références pertinentes, la méthode, le coût global et l’accompagnement. Demandez surtout que chaque réponse distingue ce qui est inclus, optionnel ou exclu : c’est la base d’une comparaison fiable.

Éloïse Maréchal-Delorme
Retour en haut